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Szabadság, szerelem!

szerelem
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Marre du cinéma sportico-historique romano-gaulois ? Marre des yeux bleutés de Keanu Reeves ? Marre des allemands de l’Est cherchant à tout prix une certaine marque de concombres mais qui finissent à Burger King ?

Le Calamar Déchainé à pensé à toi avec un film de 2006 polyvalent et original (version originale d’ailleurs) :

  • De l’histoire : Budapest 1956.
  • Du sport : un film sur le waterpolo !
  • De la langue rare : tout en hongrois ! (sous-titré …)
  • Du scénariste fou : Joe Eszterhas (Basic Instinct …)
  • Et bien sûr de l’humour et de l’amour, mais quand même plus d’amour que d’humour.

Pour vous, le Calamar Déchaîné s’est donc rendu en milieu hostile : l’Institut Hongrois (étonnant, non?). En effet, ces derniers organisaient fin Octobre une série d’évènements commémorant la révolution du 23 octobre 1956. Le film en lui-même, Szabadság, szerelem (de Krisztina Goda. Non, moi non plus je ne connais pas.), a été un grand succès en Hongrie. On le considère même comme « le plus grand film hongrois de tous les temps » (et non ce n’est pas le seul, mauvaises langues).

Sport improbable, pays improbable à la langue improbable (szabadgshahhz), le Calamar ne pouvait que couvrir l’évènement proposé dans une salle au sous-sol tout aussi improbable par l’Institut Hongrois qui, je le rappelle, dissémine discrètement à Sciences Po son programme culturel (à des endroits stratégiques : devant les toilettes des filles, là où les amies attendent. Bien joué.).

L’histoire reprend des évènements historiques : en 1956 se tenaient les jeux Olympiques de Melbourne, au même moment que la Révolution hongroise. L’équipe de waterpolo, d’envergure mondiale, se trouvait en entraînement lors de son déclenchement. Les joueurs n’ont vu les combats que de loin et n’ont réellement découvert leur ampleur qu’une fois en Australie.

L’espoir de la liberté avait déjà fait place à l’appréhension du compte final des victimes. Le jour de la cérémonie inaugurale, le KGB arrêtait Imre Nagy. Dépassant son désarroi, l’équipe atteint les demi-finales, et plus encore l’adversaire qu’ils attendaient tous : l’URSS. L’ambiance est évidemment tendue (ici, un paragraphe de réflexion psychologique et sociologique sur la catharsisation dans le sport de la violence dans les relations internationales). Le match s’arrête brutalement : le joueur vedette Ervin Zador est frappé par un joueur russe. On frôle l’émeute dans le stade tout acquis à la cause hongroise, autour de celui qui devient l’héros d’un peuple …

La version anglaise a renommé le film « Children of glory », mais c’est la version française qui nous apprend que la traduction littérale est « amour et liberté » (en fait, Szabadság = liberté, szerelem = amour). Naturellement, on pourrait croire que l’amour désigne celui de la patrie. C’est assurément le cas. Mais le film, évidemment, a également cédé aux appels de la belle histoire d’amour et donc aux sirènes des approximations historiques.

Szabó Karcsi (attention, ça se complique. C’est l’avatar du personnage réel Ervin Zador. L’acteur s’appelle Iván Fenyő, et c’est le sosie de Benoît Magimel.) tombe éperdument amoureux de Viki Falk (Kata Dobó), étudiante des plus actives au sein de la Révolution. A partir de là, le poloïste ira jusqu’à prendre part aux combats, quitter le camp d’entraînement et ses coéquipiers pour rejoindre sa belle, fusil au bras… Le film montre donc la caricature du playboy sportif imbu de lui-même, transformé par l’amour et l’Histoire. C’est censé être beau émouvant (déjà vu ?), sûrement …

Reste qu’entre les scènes de roucoulade et celle de sport, Szabadság, szerelem réussit à nous plonger dans ces quelques jours de batailles urbaines et de rassemblements d’étudiants trop idéalistes pour réaliser leur funeste destin, dans l’espoir d’une imminente arrivée américaine. C’est un sujet assez rare pour justifier un intérêt pour ce film.

Le tout reste gâché par une articulation entre les différentes parties de l’histoire (sport/amour/révolution) quelque peu ratée… Les hongrois de la salle auront ri à des moments où les français n’y verront rien d’intéressant. Est-ce là à dire que ce film (très engagé, et anti-communiste bien sûr), ne pourrait être compris que par quelqu’un qui aurait côtoyé, personnellement ou presque, l’Est et ses douleurs ? Possible. Les quelques dernières minutes du film rassembleront néanmoins tous les peuples autour du souvenir du sacrifice de certains pour des valeurs universelles …

Un film à voir pour les passionnés de Hongrie, curieux de waterpolo, et romantiques révolutionnaires en puissance.

Szabadság, szerelem!
E kettő kell nekem.
Szerelmemért föláldozom
Az életet,
Szabadságért föláldozom
Szerelmemet

Sándor Petőfi (1823 – 1849, martyr de la révolution hongroise de 1848 – 1849)

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admin

5 Comments

  1. En lisant la notice d’Eurosport, j’avoue que j’ai laissé échapper quelques larmes…Maya, tu rends le film très vivant, c’est magnifique!

  2. Déjà, à l’époque, les sittings existaient. Bon, bien sûr, ils allaient plus loin dans le concept : armes, chars, sang, répression, etc.

    Maintenant, on a des pauvres gars qui vont s’assoir par terre dans la rue.

    Tout se perd !

    Signé : une personne qui est aussi allé voir le film en compagnie de l’auteur de cet article.

  3. @Martin > Nan, pourquoi ?

    Sinon (rien à voir mais bon), les avis divergent sur ce film selon les personnes. Un ami à nous deux (nous deux = l’auteur de l’article et moi) trouve que ce film parle plutôt de l’insurrection de Budapest de 1956 alors que je trouve que ça parle plutôt de la vision de deux sportifs sur cet évènement.

    Enfin bref, le meilleur moment du film reste effectivement les <> en sous-titre alors que dans le film on entend l’hymne national.

  4. Ah, les points d’interrogation ne sont pas passés dans le commentaire.

    A la place de “”, il fallait “lire”/voir des points d’interrogation entre des guillemets.

Commentaires