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Restez chez vous, la chronique de Maya (épisode 4.2b)

pizza hut cheloue
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(Suite de l’article 4.2) La « méthode simple », c’est simple : profiter de la vie sans se priver de rien, écrire comme un enfant pré-pubère qui découvre la beauté poétique des jonquilles, mettre des mots en gras et en majuscules pour faciliter la lecture aux analphabètes (ne manque que les images), pour donner un concentré d’instructions purement altruistes. OUI Allen a gagné de l’argent en écrivant 200 pages de « la cigarette je ne vous dis pas d’arrêter mais c’est dégueulasse, quand même », OUI Allen continue de vendre des livres, mais ce n’est que dans un seul but : aider l’humanité à devenir un écureuil.

En effet, je commençais à désespérer de phrases aussi pathétiques que « vous le savez peut-être, j’ai acquis une certaine notoriété en découvrant, il y a quelques années, une méthode qui permet à n’importe quel fumeur d’arrêter sans peine, et même en trouvant ça agréable. Aujourd’hui, je suis considéré comme le plus grand spécialiste mondial de l’assistance aux fumeurs qui souhaitent arrêter. » ou encore « Si vous étiez idiot, vous ne liriez pas ce livre. ». Quand tout à coup, alors que je commençais à sauter de plus en plus de pages emplies de questions/réponses aux allures d’avancées scientifiques (« on aime manger, mais on ne prend aucun plaisir à se bourrer de nourriture »), j’arrivais à la fin du chapitre I, qui se termine par « Je vous ai dit que le secret du contrôle du poids m’était apparu grâce à trois évidences. La première, et la plus importante, je la dois à … L’écureuil »

Là tu te dis, putain, le mec il se la joue spécialiste renommé et il ose terminer un passage de questionnement pseudo-philosophique sur le pourquoi mange-t-on pourquoi se sent-on malheureux pourquoi j’ai gagné de l’argent et pourtant je continue à vous faire chier par L’ECUREUIL en gras et centré à la fin du chapitre. C’était devenu mon idole.

Et la suite valait effectivement le coup : Allen nous explique qu’il en veut à son chat quand il mange un oiseau, et que l’écureuil planque de la bouffe, lui qui reste relativement svelte toute sa vie. Ne vous méprenez pas. Allen ne nous demande pas de faire faire les courses par notre grand-mère atteinte d’Alzheimer pour ne jamais retrouver la nourriture. Il va nous expliquer que 99,99% des animaux ne sont pas obèses (d’où sort ce chiffre, on sait pas) parce qu’ils mangent ce que le constructeur a mis dans la notice. La grande analogie du philosophe Carr, c’est que le corps humain n’est qu’une voiture (imaginez s’il s’appelait Pilloww), et que le concepteur c’est Dame Nature.

Collector, des pages et des pages sur les doutes divins d’Allen : pourquoi tant d’épreuves, pourquoi Dieu nous laisse-t-il pêcher (parce que le poisson, c’est bon ?) ? Allen a la véritable preuve (car preuve est un synonyme de connerie pour Allen) de la non-existence de Dieu : « Mais la véritable preuve, pour moi, c’était qu’on ne commettrait sûrement pas de pêchés si on se croyait constamment sous le regard de Dieu. ». Miam, la débilité avec un filet de philosophie, ça fond sous la langue.

Bref, Allen délire sur Darwin, et une page plus loin t’explique qu’il est évident que nous avons été créés par une force supérieure, la preuve, « si vous trouviez une Rolls-Royce toute neuve au milieu de la poussière lunaire, douteriez-vous une seconde qu’elle ait été fabriquée par un créateur intelligent ? Pensez-vous vraiment qu’une chose aussi complexe qu’une voiture aurait pu voir le jour par le fruit du hasard ? Il faudrait être complètement idiot pour arriver à une telle conclusion. » Idiot. C’est le mot, merci.

On combat la peine de mort, le dépeçage des bébés phoques, la vie chère, mais on se fourvoye, braves gens. L’Homme est victime de l’Homme, d’un lavage de cerveau nutritif ! Alors pour se libérer de ce joug, une seule solution : adhérer à la secte Carr. A la base, tu es un schizophrène qui sait que manger, c’est bon et utile, mais qu’il ne faut pas abuser, et puis t’aimes ça, mais faut pas abuser, et puis zut. Donc tu vas suivre les instructions (recette proposée par un certain « Dieu » : proposer un contrat -avec à la clé une récompense- avec quelques règles courtes et précises à respecter. Pour des raisons de commodité, Allen a remplacé les tables de pierre par des feuilles de papier. Concept repris par le Code Civil, Secret Story, l’entreprise de Bashung qui ne connait pas la crise) dont la première d’entre elle est : « suivez les instructions ! ». On y pense pas assez.

Mais Allen c’est aussi un mec tout plein de bon sens et de culture. Philosophe, il parle de Dieu en citant John Wayne : « mais comme disait John Wayne, « un fusil n’est qu’un outil, ni meilleur ni pire que celui qui le brandit ! » ». Il parle morale, éthique, « a priori »-se à la Kant et donne des définitions à la Spinozouzou « LES APPORTS : Nos apports élémentaires, c’est à dire le volume et le type de ce que nous mangeons. / LES DEPENSES : Nos dépenses énergétiques et les déchets que nous éliminons. »

Et pourtant, modeste avec tout ça : « Pendant des années, je me suis enorgueilli de mon cerveau logique, analytique, d’expert-comptable. La vérité est que je n’avais pas plus d’esprit qu’une moule géante. » (bonjour les F&S). Un homme qui brillera pourtant par sa jugeote et son humour tout au long du livre, dans cette fameuse technique de la question existentielle/réponse improbable : « comment se fait-il que les éléphants vivent plus vieux que les hommes alors qu’ils n’ont ni maison, ni vêtements, ni docteurs, et qu’ils ne peuvent pas emmagasiner la nourriture ? » «  pourquoi cette répugnance quand nous découvrons un asticot dans une pomme ? Après tout, si on va par là, il doit être constitué à 98% de pomme ! » (ouais et donc les 2% ?).

Un homme qui sait admettre les choses simples (« Pendant des années, j’ai été constipé. »), et poser les vrais problèmes, risquer sa notoriété si méritée pour nous : « Imaginez que vous soyez naufragé sur une île déserte. Un pilote de Canadair repère vos feux de détresse, déverse de l’eau dessus et rentre allègrement à la base en se disant : « Encore un problème de réglé ». Vous pensez que je vais trop loin ? ». Ben en fait, je m’en fous.

Le problème principal d’Allen, c’est qu’il ne peut s’empêcher de faire des phrases aussi li(m)pides que : «  parce que nous ne comprenons pas la raison de nos actions instinctives et que nos actions raisonnées sont basées sur des déductions logiques, chaque fois que notre raison contredit notre instinct, nous croyons logique d’opter pour la raison. », de nommer ses chapitres avec des chiffres romains, et de nous flipper à la page 89 en disant : « je vous parlerai du sport dans le chapitre XXXIX ».

Heureusement, comme ce livre est un peu pour les gens qui veulent maigrir et pas découvrir les ressorts profonds de notre psychologie, les chapitres font en général 2/3 pages. Ouf, parce qu’au chapitre XI ont en revenait quand même à la base : « Pourquoi mangeons-nous ? » (sa réponse : parce qu’il le faut. Je déconne pas.) Allen se fait ensuite plaisir en théorisant la longueur du cou de la girafe, la différence entre un termite et une chèvre, le syndrome du saut en plastique (c’est comme si tu mettais au lieu de l’essence dans ta voiture des bouts de saut en plastique et que tu soufflais dessus), la marge de malbouffe …

Il ne nous interdira rien mais nous dira que quand même, on est pas programmé pour manger de la viande (la preuve, « nous mangeons de la vache. (…) Elle est végétarienne. L’éléphant, la girafe, l’hippopotame (…) sont tous herbivores. Si ces prétendus experts nous recommandent de manger du muscle pour obtenir des protéines, logiquement, ils devraient nous conseiller de manger des os et des dents pour nous procurer le fer et le calcium dont nous avons besoin. En poussant le raisonnement un peu plus loin, pourquoi ne mangerions-nous pas carrément de la limaille de fer et de la craie ? Parce que ce serait ridicule. ») ni du lait une fois adulte (la preuve, « même les vaches n’en boivent pas ! ») mais des fruits (la preuve, « le fait est qu’on survit beaucoup plus longtemps sans manger que sans boire. Alors, ne croyez-vous pas que les aliments riches en eau doivent avoir une meilleure valeur nutritive ? » CQFD.). En gros, ça donne des céréales au jus d’orange (oui oui), et la preuve que la viande c’est pas bon : « revenons à ces sauces avec lesquelles nous agrémentons notre viande : avec l’agneau nous mettons de la menthe, avec le porc de la compote de pommes, avec la dinde, des airelles, avec le bœuf, du raifort ou de la moutarde, avec le poulet, une confiture d’oignons et de sauge, avec la viande froide des cornichons … »

Si avec ça, vous ne maigrissez pas en profitant de la vie, prêts à courir dans les bras de l’homme/la femme de votre vie ! Courir plein de phéromones post-valentiniens, évidemment. Qui voudrait faire cet inutile exercice physique (et pourtant, on libère les phéromones par transpiration, qu’il paraît) ? Comme le dit Allen Carr, « on ne voit pas les escargots et les tortues courir dans tous les sens, et pourtant, il n’y a pas de tortues et d’escargots obèses ». Une prise de conscience extraordinaire pour 6€90 en Pochotèque.

Merci et à vendredi prochain pour : « Le monde est-il français ? »

Merci à Aude pour m’avoir permis de découvrir les oeuvres d’Allen Carr 😉

Pour aller plus loin

admin

One Comment

  1. La chronique reste toujours aussi drôle, on a envie d’en lire plus. Je reviendrais !
    Et puis, belle conclusion.

Commentaires