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Ces fonctionnaires, tous les mêmes !

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Ça fait des années qu’on me fait chier à tout comparer. Dans quelle mesure la Révolution de 1830 est elle plus libérale que la révolution de 1789 ? Dans quelle mesure la Chine a-t-elle plus de chance de conquérir le monde que les îles Sandwich du Sud ? Dans quelle mesure les femmes sont elles plus chiantes sous De Gaulle que sous Strauss-Kahn ? Dans quelle mesure mais putain va t’acheter une règle et arrête de me saouler.

Néanmoins je crois qu’ici il serait de bon aloi de comparer ici les réalités administratives de quelques pays, au nom de la science toujours.

Plantons le décor. Georges-Robert, jeune homme dans la force de l’âge, beau grand fort drôle intelligent riche et qui ne porte pas de jogging, n’a rien à foutre de ses vacances. Aussi se dit-il « tiens, et si j’allais me faire un passeport algérien ». En effet, les parents de Georges-Robert s’appellent Germaine-Malika et Marcel-Mohammed. Notre ami Georges-Robert peut donc prétendre à recevoir ce délicat feuillet vert qui se lit à l’envers qu’est le passeport algérien.

Grâce à Google Analytics outil performant et pertinent, je sais que 74,3% de mes visiteurs se situent entre 18 et 24 ans, qu’ils surfent sur Firefox, qu’ils aiment le vert, qu’ils sont en général assis quand ils visitent ma page, et surtout, qu’ils sont français. Le reste se constituant essentiellement de brésiliens (vraiment).

Georges-Robert, rassurez-vous, jusqu’à chercher son consulat algérien à Nanterre, ne savait pas plus que vous qu’est-ce qu’était un passeport algérien nouvelle génération. Son dernier passeport remontant à 1994, il espérait que ce ne serait plus ce passeport rempli à la main et signé par son père.

Aussi arrive-t-il un samedi d’été, plein d’entrain, dans une petite maison fort coquette, et se dirige-t-il vers la personne qui se trouve à l’entrée de cette maison, derrière une vitre blindée. A peine a-t-il murmuré le début d’un mot qu’on lui donne violemment un ticket de boucherie. Georges-Robert s’étonne mais ne s’affole pas et commence à sortir les appareils électroniques de ses poches afin de ne pas sonner sous le portique. Éclat de rire de Monsieur Ticket de Boucherie, qui lui annonce hilare que « mi non Misieur ! c’i pas la peigne ici ». Qu’à cela ne tienne, Georges-Robert passe, prêt à entendre le bip accusateur de la machine, qui ne vient pas. La machine n’étant pas branchée, Georges-Robert voit presque du bon sens dans l’attitude de son nouvel ami.

Il s’assied alors, parmi ses compatriotes, et attend. 14 numéros sont avant lui, il sait que ça va être long. Très long. Son père qui l’a accompagné se lève alors d’un bond, et annonce solennellement et audiblement : « Bon, je vais fumer une clope. ». Georges-Robert s’enfonce dans son siège alors que l’imam en face de lui le fusille du regard en plein Ramadan.

2 heures plus tard, après quelques arrivées tonitruantes de personnes qui connaissaient mieux le consul que ceux de la salle d’attente (en fait la phrase “je connais le chemin” doit être un mot de passe), le numéro de notre héros s’affiche enfin. Il s’assied au guichet indiqué et apprend qu’il faut revenir la semaine prochaine, car il manque dans le dossier le ticket du bus qu’il a pris pour venir, lui qui est arrivé en voiture.

Mais il s’estime chanceux le Georges-Robert, car derrière lui pleurs et cris se font entendre. Un jeune marocain-algérien a besoin de faire son passeport dans la journée. Cela fait trois fois qu’il vient. Aujourd’hui il manque l’acte de nationalité original de sa mère (si si). Son « C’est beau la solidarité du Ramadan hein ! » déclenche les foudres. On mélange pas la religion et l’administration qu’il paraît (haha). Les gens du consulat essaient de le dissuader, il serait marocain. Mais non rétorque-t-il, je suis algérien ! « Il ne faut pas renier votre race ! » lance le chef des consuleux, vaillamment.

Gêné, Georges-Robert observait ce qui se passait aux autres guichets. Ceux-ci commencent logiquement au numéro 2. Au numéro trois, imperturbable, le préposé après avoir fini de recopier sur l’ordi ce qu’il avait écrit à la main sur une jolie pochette jaune, sue à grosses gouttes. Il faut appuyer sur « entrée ». Sa main tremble. Finalement, il appuie. « Chtoumb ». Il reappuie. « Chtoumb ». Il re-re-appuie « re-re-chtoumb ». Il recommence tout à zéro, c’est plus sûr.

Mais Georges-Robert, pendant la semaine qui le sépare de son nouveau rendez-vous doit aller faire son visa à l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Son rendez-vous est à 8h, il se présente à 7h30, quasiment en tenue stérile avec uniquement ses papiers permettant de prouver sa naissance, son domicile, son nom, ses parents, son revenu, ses raisons de partir, ses raisons de revenir, encore un peu et il leur amenait son certificat de décès.

Premier guichet, une dame qui récupère quelques papiers (représentant 1/5 de ce qu’avait apporté Georgie) dont notamment une partie détachable du numéro du ticket de boucher américain. On y revient donc toujours. Ah oui mais non parce qu’en fait quand tu arrives au guichet au consulat algérien, tu montres pas ton ticket. On considère que si personne t’a lynché, c’est que c’est ton tour (même, t’insiste pour lui montrer, il s’en fout le mec).

Bref, tu donnes ton enveloppe Chronopost pleine de paperasse. D’ailleurs, par beau temps dans le petit parc qui jouxte le consulat, on peut voir un péquenot à vélo tirer une grosse remorque Chronopost. Et on s’étonne qu’ils soient lents, tiens. Donc il te faut maintenant numériser tes empreintes digitales. Georges-Robert pose son pouce, mais ça ne marche pas. Après avoir rapidement éliminé l’option « il est bionique », la guichetière lui donne un petit torchon crade comme on les aime et lui demande de nettoyer l’appareil. Georges-Robert s’applique mais ça ne donne rien. La guichetière agacée lui dit « mais non, là où il y a du produit ! ». Le produit. Le meilleur mot de la Terre, qui te permet de mettre n’importe quoi n’importe où et de donner l’impression que c’est super compliqué et super efficace comme formule. Georges-Robert il en a marre il se transforme en fée du logis et il frotte. « Mais non, ça ira ! » rigole la guichetière (qui sait pas ce qu’elle veut donc). Et G-R retourne s’asseoir, seul, entre deux rabbins.

Il attend. Longtemps. Très longtemps.

Quand soudain c’est son tour il se lève d’un bond et d’un autre atteint le guichet. « On va prendre vos empreintes ». BEN TROP TARD je pensais que c’était déjà fait je me suis coupé les mains. Qui est le con qui a décidé dans le protocole que Ben Laden aura mis de fausses empreintes la première fois et soulagé aurait décidé de les enlever avant le 2e guichet ? Qui est le parano qui pense que j’en avais marre et que je me suis barrée avant de me faire remplacer par un mexicain caché sous le plancher de l’ambassade ?

Ben les ricains je crois.

« veuillez poser votre majeur »
*pose*
« euh non ça c’est l’index »
*honte*
« euh mais là vous appuyez trop fort »
*rohjamaiscontentlui*
« si c’était un examen vous l’auriez loupé »
*rire bête*

Au consulat algérien, rien de tout ça. Tu arrives, tu balances la paperasse, le monsieur recopie tout, imprime ça sur des bouts de cartons de couleurs, tu fous les doigts dans l’encrier Rinoldz, et le tour est joué. Tu retournes t’asseoir et tu attends qu’ils impriment sur le passeport les infos. Ainsi, dans la salle d’attente, un père peut dire à sa fille :

« Tu as vu, en Algérie, tu as ton passeport le même jour. Le même jour ! Même les Etats-Unis ils font pas ça ! ».

On se demande pourquoi tiens.

Signé Georges-Robert.

admin

One Comment

  1. Mais stop à la discrimination contre les gens qui portent des joggings, m*rde!

    Sinon +1 pour les articles, ça m’occupe bien pendant que je fais mes readings d’American literature muahahaha

Commentaires