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Des bisous des bisounours.

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Je comprends pas.
On m’avait vendu du rêve.

On m’avait dit, tu verras, aux USA ce sont des chiens, des chiens de capitalistes libéraux (oui je Skype beaucoup avec Lénine), ils vont te sucer jusqu’à l’os (à moelle), ce sont tous des avocats qui ont fait un PhD en Global Business prêts à se jeter sur toi la chaise électrique entre les dents au premier gamin renversé par ton 4×4 grand luxe. (Alors qu’en France, on est d’accord, on se formalise pas pour une telle connerie, allez, il est où le fun.)

On m’avait dit, tu verras, les USA ce sont des bureaucrates cent Foi cent Lois, tu vas pas boire une goutte d’alcool pendant 1 an, tu vas vivre une vie faite d’ascétisme et d’hamburgers distillés, alors que d’autres se murgeront joyeusement la gueule entre deux readings de 137 pages tout en japonais sur “les perspectives économiques d’introduction de la tronçonneuse chez les Amish : étude des retombées cinématographiques possibles“.

Mon sang n’avait fait qu’un tour. Je me suis dit “bordel de nom d’un petit bonhomme sans manches !”. Mais comment je vais faire, en bonne polonaise que je suis, pour ré-équilibrer ma formule sanguine si on ne me donne pas d’alcool ?! Je me voyais déjà condamnée à louper ces spectacles de déchéance humaine, de filles pulpeuses toutes de dentelle vêtues, en train de lentement manger des fraises trempées dans une fontaine de chocolat, le tout dans une position d’autant plus équivoque qu’il pleut du champagne.

Je tiens à dire à mes lecteurs masculins que dans ma bouche (j’ai bien envie d’arrêter la phrase là) ces mots ne correspondent pas du tout à la catégorie “fantasme absolu” mais “image de débauche dans une fraternité”.

Mais alors que faire, apprenti gringo en manque de sensations typiquement américaines ? Une fake ID ? Oui mais là aussi, je m’imaginais devoir me glisser dans le ghetto de Seattle, à 2h31 du mat, avec une longue cape, donner à un grand black baraqué un mot de passe improbablement approprié (“looney toons”) pour accéder à la pénombre d’une cave dans laquelle je devrais signer de mon sang une reconnaissance de dettes qui me permettra d’acquérir ma vraie fausse identité (Robert, 54 ans, camionneur dans le Massachussetts).

Je me préparais déjà à reprendre l’avion vers un pays à ma mesure (un pays qui FERAIT PAS CHIER par exemple, comme l’Afghanistan) quand tout d’un coup la vérité m’apparut.

Les américains sont gentils.

Et c’est exactement le mot qui convient.

Ils sont gentils “nice” et gentils “con-cons”.

Après plus de treize ans passés à  Paris, je suis habituée à ce qu’on veuille me tuer. “Bonjour une baguette de pain et un ticket pour aller me faire foutre s’il vous plait“, “bonjour oui tout ce qu’il y a dans le caddie et une tronçonneuse pour assouvir mes pulsions meurtrières parce que ça fait 15 fois que tu appelles Raymonde à ta caisse, ELLE VIENDRA PAS ELLE VIENDRA PLUS avec un nom comme ça elle est même probablement mooooorte” (vie stressante),  “bonj … pardon, au temps pour moi.  Allez, fuck à toi aussi mon frère.” etc etc. Un Parisien, c’est forcément une personne qui a eu une mauvaise journée, prévoit une mauvaise soirée, et déteste l’idée de se lever le lendemain pour une encore pire journée de merde. Le Parisien étouffe du matin au soir, car il n’a d’autre alternative à son air pollué que son fameux air arrogant.

Tout ça donne un parisien accro aux anti-dépresseurs et à la machine à George Clooney, un parisien qui ne doit son salut qu’au fait que la RATP fait grève bien trop souvent pour qu’on prévoit dignement de se jeter sous le métro. Bien heureusement, les automobilistes prennent le relai, sans même qu’on le leur demande en fait. Aux USA, impossible de te suicider sereinement. Où que tu sois, quoi que tu fasses, ils te laissent passer. T’es au milieu de la route, plein de sang et un cadavre sur les épaules, ils te font un petit regard moraliste mais ils te laissent passer. Probablement en se disant que “wouah, quand même, ils sont forts ces américains (ah oui hihi c’est nous les américains) pour filmer CSI : Miami à Seattle et sans caméras”.

La fake ID je pensais qu’on craquait des fichiers à la CIA pour les avoir, mais que dalle, scan/photoshop/impression/plastification, et le tour est joué. Bon ok, c’est la Californie, et je suppose que là bas le flic a toujours le Soleil dans les yeux alors techniquement tu pourrais lui montrer le carnet de vaccination de ton chien, mais sur le principe ça me sidère.

Et puis tiens, moi qui suis asociale primaire, qui déteste qu’on m’alpague au plein milieu d’une rue (nominément rue de la Huchette) pour me proposer le meilleur gyros du monde, enfin de Paris, et puis tiens, le meilleur gyros de l’histoire de la salmonelle allez vazysitiplémamoiselle. Comment je fais moi avec des gens qui me demandent à tout bout de champ “hey how are you doing ?” ? Mais euh, tu serais pas en train de ranger les tomates là, pourquoi ma vie t’intéresse ? T’as peur que je te fasse un procès pour snobisme ? Trop de gentillesse. Je fond  tel un gothique coincé devant une rediffusion d’un spectacle de Chantal Goya en plein soleil.

Quant à l’alcool, je dis “lol” (lol). La vie ici est une vie de débauche, entre les beer pongs et les flip cups, les “hey want a beer” (en français : “salut, tu veux un peu de ma merde en bouteille coupée à l’eau qui te ferait bien passer ton winter break en Belgique ?”) et les “wouah this sangria is so great”. Parait qu’Halloween n’est qu’une occasion pour les filles de s’habiller en chaudasses. Pourtant, à ce que j’avais cru comprendre, elles ont pas réellement besoin d’occasion. Il fut une époque pas si lointaine où je passais mes soirées à parler aux portes (j’étais con, je faisais un peu de dyslexie entre porte et pote). Aux USA, c’est pas possible. Non pas qu’ils n’aient pas inventé la porte (on déconne on déconne, ils ont pas de sonnette, et ça se sent qu’ils ont pas eu Napoléon non plus, parce que j’ai tjrs pas compris le système de numérotation des maisons), mais ils ont pas inventé la mémoire. Ainsi, hier un mec que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam m’a reconnu très chaleureusement. Des mecs que je ne connaissais pas plus prennent d’étranges libertés pour pousser délicatement les jeunes filles (pour les connaisseurs, c’est encore PIRE que le jeu du touche-fesses dont je parlais dans mon rapport de stage). Et j’attends avec impatience mardi prochain, jour où je reverrai mon prof d’allemand croisé bourré dans une soirée. Ahlala, croiser ton prof qui t’avoue entre deux rires débiles qu’il ne connait qu’une phrase en français (apprise en Allemagne, la louze) : “je veux bouffer  de la chatte”. Tout en finesse.

Heureusement, certaines personnes me veulent du mal. OUF, une bonne vieille théorie du complot judéo-franco-maçonnique.

  • Déjà, il est pas net le caissier de SafeWay qui chante la BO de Superman quand j’y fais mes courses.
  • Ensuite, la prof de “Shakespeare after 1603” qui au lieu de t’expliquer pourquoi 1603 s’auto-excite toute seule sur l’ami William avec une voix à faire éclater un tympan à une chauve-souris.
  • Et évidemment, 90% de la ville. En effet, UW se fait un plaisir de nous envoyer régulièrement les headlines de la criminalité avec un style en dehors du cosmos. Y a pas de raison que vous n’en profitiez pas, mais ce sera au prochain article.

admin

One Comment

  1. Coucou,

    Je suis tombé par hasard sur ton site en cherchant une solution à ma non-majorité et fut agréablement surpris par tes articles.
    J’aime beaucoup le tableau que tu fais des Etats-Unis.
    Et quelle répartie!
    Je vais suivre ton évolution à Seattle et pourrais ainsi la comparer à la mienne en Californie 😉

    Ciao

Commentaires