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Qui a peur de Virginia Woolf ?

Virginia Woolf
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« Who’s afraid of Virginia Woolf, Virginia Woolf, Virginia Woolf ! ».

Musique obsédante et entraînante, ébauche de comptine rappelant que le « big bad wolf » originel se cache peut-être là où ne l’attend pas… Pas besoin de suivre le Calamar à San Francisco pour voir cette pièce d’Edward Albee, célèbre tant par sa qualité que par l’acclamation des critiques. Détentrice du Tony Award de la meilleure pièce (1963) et sélectionnée pour recevoir le prix Pulitzer la même année, Who’s afraid of Virginia Woolf ? se vit refuser ce dernier en raison de l’utilisation de thèmes contraires à la moralité de l’époque.

L’histoire peut sembler d’une banalité presque inoffensive, elle se révèlera dangereusement inquiétante pourtant. Il est professeur d’université. Elle est la fille du doyen de ce même établissement. Ils sont mariés depuis plus de vingt ans, eux, les quadragénaires. Et ils vont se déchirer.. Improbable affrontement qui remet sur le tapis deux décennies de vie commune, faite d’alcool, de soirées, de rires, de jeux, de déchirements et de non-dits; le couple passe du discours cru aux remontrances cruelles, et joue avec la violence pour tirer vers la démence.

Pour servir le texte et cette intenable plongée dans les troubles relations humaines, l’Actors Theater de San Francisco proposait les prestations de Christian Phillip, magistral dans le rôle d’un George hésitant entre passivité et réactivité face à sa femme Martha, interprétée par une Rachel Klyce aux prises avec l’exubérance de son personnage. Tour à tour insupportable et attachante, vulgaire et philosophique, sûre d’elle et désespérée, la pièce vit aussi au rythme des émotions de Martha, sans pour autant tomber dans une folie simplificatrice. Le spectateur cherche entre les lignes et les répliques la clé des mystères évoqués, la solution aux tourments de ces êtres. Pourquoi est-ce que ce couple, alternant complicité et affrontement, inviterait-il un jeune couple d’inconnu à prendre un dernier verre après une soirée pourtant terminée tardivement ? Pourquoi les impliquer si intensément dans une dynamique auto-destructrice ? Nick, professeur de biologie, et sa femme Honey, se retrouvent pris dans une spirale dans laquelle ils s’évertuent à surnager.

Dans cette cynique comédie du chaos où chacun tente de prendre l’avantage sur l’autre par son intellect et sa ruse, les maîtres du jeu George et Martha éclipsent les deux autres personnages pour les projeter dans l’éternel souvenir de l’inconfortable affrontement dont ils ont été témoins et parties. Tout a changé, rien n’est plus pareil, et pourtant tout redevient si calme que l’on en oublierait presque d’avoir peur de qui que ce soit.

Attention : Ne pas se laisser décourager par la longueur de la pièce (près de 3h)…

admin

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