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Le visa, ça se mérite.

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Plus tard, je veux être organisme sponsor. Un organisme qui n’a comme unique objectif que de prendre une somme d’environ 1000 euros (en fonction du nombre de mois passés aux US) aux stagiaires de l’Oncle Sam.

Prenons un organisme type, Parenthèse. Pour aller aux USA faire un stage, il faut un visa. Même si le stage fait une semaine et qu’il n’est pas rémunéré. Pour simplifier, tout est payant aux US même les stages. Te voilà donc avec ton dossier de 32362 pages à remplir. Parenthèse se charge de les récupérer, de t’appeler pour vérifier ton niveau d’anglais : “so, how did you find this internship ? when will you finish your studies ? where will you live ?”. En trois questions, Patti de Parenthèse certifie ton niveau. Patti, c’est un peu le Terminator du TOEFL. Elle fait en 30 sec ce que le TOEFL fait en 4h + temps de correction. Bon, Patti demande au bas mot six fois le prix d’un TOEFL mais ce n’est qu’un détail.

Bref, une fois que tu as prouvé ta bravoure et ta valeur, tu attends (pas très longtemps, malgré ce qui est annoncé), et tu reçois : une pochette. A l’intérieur, ton assurance, un petit handbook inutile, et des papiers sympas (frais de SEVIS et DS 2019).

En fait c’est ça qui a nécessité tout le professionnalisme de Parenthèse. Et je pèse mes mots. Quand tu leur envoies ton dossier par mail, avec une signature à la fin et pas sur toutes les pages de leur document qui n’est en fait qu’une traduction de l’anglais que tu as BIEN signé plus loin, tu peux totalement chopper ta signature avec Paint sur une feuille scannée qui comporterait ta signature, la coller sur Word, et faire une capture d’écran toujours avec Paint. C’est ridicule, ça ressemble à rien, mais Parenthèse sait que c’est bien toi et pas une grosse fraude. Bientôt disponible : le rajout de chiffres sur un chèque pas à ton nom qui comporte une signature apposée par transparence.

L’important ceci dit, reste de payer. Cette maxime se retrouve à tous les échelons et lieux de la vie ricaine, en commençant par l’origine du monde : l’ambassade des USA.

Quand tu arrives sur les lieux du crime (avenue Gabriel, proche le Crillon et la Concorde), il faut montrer patte blanche et prouver que tu es bien sur la guestlist. US dresscode oblige, les videurs sont des security guards aux accents italiens. Pour rentrer il faut certes montrer son numéro de rendez-vous (rendez-vous pour lequel tu payes, évidemment), son passeport bien sûr mais surtout son : mandat-compte. Tout le reste on s’arrange, mais le mandat-compte si tu l’as pas tu dégages vite fait. Espèce de pauvre.

Alors oui lecteur, je le sais, depuis ton îlot de technologie tu ne sais plus trop ce qu’est qu’un mandat compte. Le mandat compte c’est quand tu vas à la Poste, que tu donnes du cash et qu’on te donne un petit papier. Archaïque, cette technique n’est plus utilisée que par l’ambassade des USA et la maman de Mehdi.

Les USA demandent pour un visa F ou J (études ou stage) 105 euros. Ce qui, finalement, n’est pas énorme comparé à ce que demande Patti. D’un autre côté, lors de ton rendez-vous, personne ne vérifiera ton niveau d’anglais. Personne ne te parlera anglais. En fait ce sera toi qui vérifiera le niveau des fonctionnaires américains. Pour 105 euros. Dépensés.

Mais revenons à l’entrée du consulat, car non petits coquins nous n’y sommes toujours pas rentrés. Une entrée au consulat, ça se mérite. Si l’entrée jouxte la sortie, c’est juste pour le moral, c’est un effet d’annonce marketing qui explique que OUI d’autres l’ont fait ne perdez pas espoir. A l’intérieur nul ne sait ce qui se trame mais à l’extérieur, c’est environ 30 minutes de queue. Pendant ces 30 minutes, tu seras testé.

  • La dernière fois que j’étais à l’ambassade, il y avait les mecs du groupe Justice dans la troupe. Là, nous avons un homme qui vient, habillé en soutane blanche, avec un couvre-chef blanc type boucher à Rungis, et brandit une croix vers les security guards en souriant bêtement. Personne ne rit, personne ne hausse le sourcil. Normal. Résistance à la piété et aux NOMBREUX illuminés ricains : OK.
  • Voir cet homme traverser la rue et grommeler un truc. Entendre : Allah Akbar. Méconnaissance du dieu auquel on fait référence dans “in God we trust” : OOPS. (j’étais déjà éliminée au premier test ceci dit)
  • Il y a deux parties dans la file. Une partie pré-chapiteau où l’on check ton identité et ta thune, et une partie où tu commences à flipper de pas avoir tous tes docs parce que tu approches de la porte céleste du pays aux dizaines d’étoiles. Et bien, believe it or not, la plupart des gens, qui voient pourtant parfaitement la chaîne depuis la partie pré-chapiteau, passent le checkpoint en disant “oh putain !”. Test d’adaptation à la connerie ricaine : OK.
  • NO TRESPASSING (en français, ne pas trépasser). On ne saute pas les tourniquets, on ne traverse pas au rouge et évidemment on ne passe pas sous les barrières pour ne pas avoir à faire 50m en zigzag pour rien dans la file désertée. 80% d’échec à ce test.

Le dernier test consiste à sympathiser avec tout ce qui bouge, ce qui inclut les security guards.

  • Security guard : Rebonjour !
  • Moi : Rebonjour …
  • SC : Vous avez tout ? Passeport, mandat compte ? (=tout) Je vais fouiller votre sac. Wow, vous avez beaucoup de bagues. Ce sont tous vos prétendants ? Vous les collectionnez et en fonction de celui que vous allez voir, vous mettez la bonne ?
  • Moi : Exactement ! Mais regardez, elles sont toutes en argent, pas en or …
  • SC : Ah les radins ! C’est pour ça que vous allez en chercher un aux Etats-Unis je suppose ?
    *rires joie petits oiseaux, abandon de téléphone portable = perte de la notion du temps*
  • SC : C’est bon, allez-y, passez la frontière !
    *passe*
  • SC : Bienvenue aux USA ! Reprenez vos affaires et bon courage !

Et après ça, tout redevient normal. Plein de gens, une attente interminable devant des guichets ouverts sauf un. Le 19. Probablement dédié aux affaires sensibles, il est dans une sorte de placard, avec une porte. Laissée grande ouverte.

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