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Prendre un A380 sans passer pour un con, le guide.

2011-07-09 10.47.15
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Conseil numéro 1 : devenir faussaire de passeport. Ou alors, s’assurer de bien prendre le rendez-vous à l’ambassade au moins une semaine avant de partir. Parce que parfois, il est bon de rappeler les évidences : non, on ne peut pas partir sans passeport. Faux passeports, bien. Pas de passeport, pas bien.

Il s’avère que j’ai embarqué dans l’avion pour Washington DC après que le mec qui vérifiait mon passeport ait brièvement observé mon visa (périmé) pour Seattle. Mais si je n’avais PAS eu de passeport, même lui se serait aperçu de la supercherie. Et si Chronopost livre en effet “le lendemain chez vous avant 13h”, encore faut-il que l’ambassade poste votre passeport la veille de ce lendemain. Et j’ai testé pour vous: non, ils ne le postent pas DU TOUT le jour de votre rendez-vous.

En tout cas, pas toujours. Ceci dit, même avec un passeport, on peut avoir des emmerdes.

Ainsi, arrivée à l’aéroport, aux côtés de mes parents et de trois adorables accompagnateurs, j’ai eu droit à :

  • non ton passeport ne passera pas dans la borne !
  • oui j’ai reconnu ton passeport (que tu manques de déchirer en t’acharnant) mais j’ai décidé que tu avais un deuxième prénom dont l’initiale serait H. Mon nom n’est donc pas assez compliqué, on va rajouter un “Hermance” au passage tiens
  • “vous avez votre ESTA ?”. “c’est quoi ?”. Au guichet d’Air France, il faut appeler quelqu’un de “qualifié” quand on a un passager avec un visa. Et ce quelqu’un, après avoir dit à sa collègue “fait F4. F1. F11.” te dit “mais oui si elle a un visa, tu mets “yes” dans “other docs!””. Dans le milieu, cet homme on l’appelle Jack Bauer (alors je vous raconte pas sur les côtés) .

Evidemment j’ai cru par la suite que j’allais louper mon avion, suis passée par la ligne orange de partout car embarquement dans 3 minutes (oubli de veste au passage mais bon, vu la température à DC …) etc etc.

C’est presque l’institutionnalisation du retard en fait, ce sytème de ligne verte / jaune / orange. Je l’avais déjà expliqué sur Anatomy of Seattle, mais sincèrement, compter sur le fait que des gens sont assez disciplinés pour faire la chaine pendant 30 minutes file verte, bien à l’heure, en regardant des gens passer dans la file orange en 10 secondes parce qu’ils ont pas été foutus de se presser, c’est une injustice que même moi je me permets de noter. (pas dénoncer hein, qu’on soit bien clairs). Sachez le en tout cas, terminal 2E > porte 54 en moins de 10 min, c’est totalement faisable.

Plus compliqué, supporter la foule qui s’amasse devant le guichet pour embarquer dans un A380. Personnellement, j’adore les avions (ainsi que les armes et l’alcool. Qui m’épouse ?). Alors l’A380, en upper deck en plus, ça me vend du rêve. Mais si il y a bien un truc que j’ai compris à Sciences Po, c’est que le paraître reste le plus important. Fort heureusement, on peut être comme un gosse à l’intérieur et continuer à donner une impression blasée et péteuse à l’extérieur. Voici donc les clés pour prendre l’A380 sans passer pour un con.

  • Quand on se dirige vers le upper deck et que les escaliers sont fermés, que la seule issue possible est une porte étrange avec un sens interdit au même niveau que la salle d’embarquement, NE PAS PANIQUER. Se retourner avec flegme vers le présentoir à journaux, en prendre le plus possible et dans le plus de langues possibles. Vous ne les lirez jamais, mais c’est pas grave. 1) c’est payé, 2) ça fait sérieux, 3) ça permet d’analyser les lieux pour savoir COMMENT PRENDRE CET AVION ZUT. Avec le recul on s’aperçoit que c’est bien cette porte et que le upper deck n’est pas upper. C’est la classe éco de base qui est “lower deck”.
  • Ne pas sourire béatement. Ne pas chercher des yeux. Adopter un regard de VERIFICATION plus que de découverte. “Ah c’est un casque Sennheiser ? Bien bien, j’approuve”. Pareil, la couverture, le coussin, la trousse de toilette (qui sent le sushi, je vous jure), tout est normal, vu et revu. Par d’autres, pas par vous, mais personne ne doit le savoir.
  • Ne pas prendre de photo. Ou alors d’un air assuré comme si vous alliez l’envoyer dans la seconde en twitpic à vos 173954 followers.
  • Ne pas manger de dragibus en rigolant sur un article de Paris Match sur DSK. (dédicace à ma voisine allemande)
  • Très vite, il faut mettre vos mains sur le magazine Air France. Toute la technique consiste à faire genre on regarde les photos magnifiques, on lit les articles “entretien avec Edouard François” (“et l’incursion dans le monde de l’art contemporain avec une exposition conceptuelle chez Aline Vidal au printemps, était-ce de la provocation ?”. Réponse : non.), mais en fait on se jette sur 1) les pages Duty Free, pour faire genre “oui j’ai de la thune” (les plus vicieux iront jusqu’à demander à l’hôtesse, quelques secondes après s’être assis, si il y a de la vente duty free dans l’avion) et 2) le cahier divertissement. PAS DE TEMPS A PERDRE il faut optimiser le temps et choisir les films.
  • Au décollage, la caméra de la queue de l’appareil montre la progression de votre cher A380. L’avion étant tout bonnement gigantesque, tu as en bonus l’impression qu’ONVATOUSMOURIR ou en tout cas qu’ONVAPASPASSER. D’ailleurs comme on l’a vu récemment au Bourget, des fois on n’a pas tout à fait tort. Effet sympa, l’A380 qui décolle après un A320. Différence d’envergure : 45,7m. Oui voici les seuls facts de ce post : un A380, c’est 73m de long, 79,8m d’envergure et plus de 530 passagers. (et une info que me demandait ma mère : Air France déclare 348 appareils dans sa brochure). Mais encore une fois C’EST NORMAL.
  • Ne pas applaudir à l’atterrissage. Jamais. En cas de crash, je pense qu’au contraire il faut se lâcher, ne serait-ce que pour vérifier que l’on a toujours ses mains.

Le vol Paris / Washington Dulles permet aussi de manger des repas “anniversaire partenariat avec Alitalia”, et de prouver que Air France ne sait pas choisir son vin rouge mais gère question vin blanc (ah oui, toujours prendre de l’alcool. Assumer l’alcoolisme. Le record est de 7 bouteilles demandées au cours d’un même trajet.).

Le moment le plus drôle du trajet restant quand, au bout de près de 6200 km parcourus, on te dit qu’il faut te rasseoir parce que “les autorités américaines ne vous autorisent pas à vous déplacer dans la cabine”.

Une fois descendu, tu pourrais prendre un bus sur le tarmac ou utiliser la manche qui se serait déployée jusqu’à la porte de l’appareil. Oui mais non. Aux USA on aime le tank, et comme on en avait trop on en a fait des modules lunaires. Pis là aussi on a kiffé alors on a fait d’étranges appareils qui n’officient (à ma connaissance) qu’à Dulles.

Les engins spatiaux de Dulles

Dulles où les agents sont pas très sympas (genre tu réponds à leurs questions, et ils te disent “ok ok” puis ils se débarrassent de toi d’un “go !” agressif), Dulles où les pakistanais, ceux-là mêmes qui conduisaient des taxis à Seattle, expliquent “all the way down !” aux étrangers incivilisés qui veulent passer sous les barrières pour éviter les zigzags de 50m. Si on leur avait refusé le visa, ON EN SERAIT PAS LA.

Dulles surtout où tu attends ta valise numéro 1 pendant 10 min et ta valise numéro 2 une heure de plus. Ça commence bien.

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