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Schumi, Schumi, Schumi revient (parmi les freins)

schumacher_hockenheim_1997

Il y a des choses qui ne se comprennent pas. Pourquoi s’acharne-t-on à demander la date de ses adieux à Michel Galabru alors que personne ne décourage les acteurs de RIS police scientifique ? Pourquoi Aznavour se sent-il de faire ses adieux (régulièrement) alors que Christophe Maé persiste dans le métier et que 97% des anciens star-académiciens n’a même pas eu le temps de dire « bonjour » ? Pour être rappelé probablement. De Gaulle, en son temps, avait joué cette carte avant de découvrir le désert (ce qui a sans aucun doute été d’une grande aide dans le traitement postérieur de la guerre d’Algérie).

Et voici donc pas que, crescendo dans le drame, Johnny fait sa dernière tournée, Michael Jackson ses dernières volontés, Lost son ultime saison. Et Pierre Desproges est toujours mort. Le monde va mal.

Heureusement, le cercle vertueux de la vie continue : les jeunes loups remplacent les vieux éléphants (enfin, presque partout), et qui va à la chasse perd sa place. Sauf : des fois.

C’est en effet la grande mode des retours, plus ou moins gagnants. Ressortis du placard, Patrick Sabatier, La roue de la fortune ou encore Le juste prix font les choux gras des chaînes de télévision. Larusso et Ophélie Winter ont tenté d’amorcer leur come-back. Sur la scène politique, Balladur Rocard et Juppé, qui avaient en leur temps gagné la Prime Minister Academy, ont décroché la présidence de commissions de réflexion pour le gouvernement. Sans parler des cris d’exposants en colère au salon de l’agriculture : Chirac 2012 !

Mais c’est surtout le monde sportif qui s’illustre. Chacun à leur époque, les footballeurs ont toujours su partir pour mieux revenir, tel Zidane, revenu sauver la France et régler ses comptes à Materazzi. Cet été, Lance Armstrong a repris son vélo et Michael Schumacher sa tu-ture. Manque de compétition ? Manque de sous ? Besoin de relancer la ferveur parmi les fans ? C’est en tout cas un « service amical » que Michael ne pouvait pas refuser, en tant que conseiller de Ferrari, et en tant qu’emblème à la renommée éternellement liée à l’écurie italienne. Pourvu qu’il ne faille pas trouver un remplaçant au remplaçant suite à un mauvais accident …

Faut-il rêver, alors, en ces temps de crise, d’un appel massif à des retraités moins chers mais expérimentés pour aider la croissance malade à se relever ? Si certains retours sont gagnants, alors tous ont le droit à leur chance. Y a pas que TF1 qui a le droit de relancer Jean-Luc Lahaye, qui se fit un plaisir de garnir les rangs de la RFM Party 80. Alors à quand une tube de l’été d’Yvette Horner, un tour de France entre Poulidor et Merckx, un nouveau record d’athlé de Carl Lewis, un match de boxe Muhammad Ali vs Mike Tyson, un blockbuster avec dans le rôle phare Kirk Douglas, un match de le foot avec Raymond Kopa capitaine, une course de Formule 1 gagnée par, une Présidentielle gagnée par Valéry Giscard D’Estaing qui nommerait Pierre Mauroy pour premier ministre ?

Avant de regretter nos morts, il serait sage de profiter de nos vivants, non ?

Credit photo : Creative Commons / Cord Rodefeld

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Szabadság, szerelem!

szerelem

Marre du cinéma sportico-historique romano-gaulois ? Marre des yeux bleutés de Keanu Reeves ? Marre des allemands de l’Est cherchant à tout prix une certaine marque de concombres mais qui finissent à Burger King ?

Le Calamar Déchainé à pensé à toi avec un film de 2006 polyvalent et original (version originale d’ailleurs) :

  • De l’histoire : Budapest 1956.
  • Du sport : un film sur le waterpolo !
  • De la langue rare : tout en hongrois ! (sous-titré …)
  • Du scénariste fou : Joe Eszterhas (Basic Instinct …)
  • Et bien sûr de l’humour et de l’amour, mais quand même plus d’amour que d’humour.

Pour vous, le Calamar Déchaîné s’est donc rendu en milieu hostile : l’Institut Hongrois (étonnant, non?). En effet, ces derniers organisaient fin Octobre une série d’évènements commémorant la révolution du 23 octobre 1956. Le film en lui-même, Szabadság, szerelem (de Krisztina Goda. Non, moi non plus je ne connais pas.), a été un grand succès en Hongrie. On le considère même comme « le plus grand film hongrois de tous les temps » (et non ce n’est pas le seul, mauvaises langues).

Sport improbable, pays improbable à la langue improbable (szabadgshahhz), le Calamar ne pouvait que couvrir l’évènement proposé dans une salle au sous-sol tout aussi improbable par l’Institut Hongrois qui, je le rappelle, dissémine discrètement à Sciences Po son programme culturel (à des endroits stratégiques : devant les toilettes des filles, là où les amies attendent. Bien joué.).

L’histoire reprend des évènements historiques : en 1956 se tenaient les jeux Olympiques de Melbourne, au même moment que la Révolution hongroise. L’équipe de waterpolo, d’envergure mondiale, se trouvait en entraînement lors de son déclenchement. Les joueurs n’ont vu les combats que de loin et n’ont réellement découvert leur ampleur qu’une fois en Australie.

L’espoir de la liberté avait déjà fait place à l’appréhension du compte final des victimes. Le jour de la cérémonie inaugurale, le KGB arrêtait Imre Nagy. Dépassant son désarroi, l’équipe atteint les demi-finales, et plus encore l’adversaire qu’ils attendaient tous : l’URSS. L’ambiance est évidemment tendue (ici, un paragraphe de réflexion psychologique et sociologique sur la catharsisation dans le sport de la violence dans les relations internationales). Le match s’arrête brutalement : le joueur vedette Ervin Zador est frappé par un joueur russe. On frôle l’émeute dans le stade tout acquis à la cause hongroise, autour de celui qui devient l’héros d’un peuple …

La version anglaise a renommé le film « Children of glory », mais c’est la version française qui nous apprend que la traduction littérale est « amour et liberté » (en fait, Szabadság = liberté, szerelem = amour). Naturellement, on pourrait croire que l’amour désigne celui de la patrie. C’est assurément le cas. Mais le film, évidemment, a également cédé aux appels de la belle histoire d’amour et donc aux sirènes des approximations historiques.

Szabó Karcsi (attention, ça se complique. C’est l’avatar du personnage réel Ervin Zador. L’acteur s’appelle Iván Fenyő, et c’est le sosie de Benoît Magimel.) tombe éperdument amoureux de Viki Falk (Kata Dobó), étudiante des plus actives au sein de la Révolution. A partir de là, le poloïste ira jusqu’à prendre part aux combats, quitter le camp d’entraînement et ses coéquipiers pour rejoindre sa belle, fusil au bras… Le film montre donc la caricature du playboy sportif imbu de lui-même, transformé par l’amour et l’Histoire. C’est censé être beau émouvant (déjà vu ?), sûrement …

Reste qu’entre les scènes de roucoulade et celle de sport, Szabadság, szerelem réussit à nous plonger dans ces quelques jours de batailles urbaines et de rassemblements d’étudiants trop idéalistes pour réaliser leur funeste destin, dans l’espoir d’une imminente arrivée américaine. C’est un sujet assez rare pour justifier un intérêt pour ce film.

Le tout reste gâché par une articulation entre les différentes parties de l’histoire (sport/amour/révolution) quelque peu ratée… Les hongrois de la salle auront ri à des moments où les français n’y verront rien d’intéressant. Est-ce là à dire que ce film (très engagé, et anti-communiste bien sûr), ne pourrait être compris que par quelqu’un qui aurait côtoyé, personnellement ou presque, l’Est et ses douleurs ? Possible. Les quelques dernières minutes du film rassembleront néanmoins tous les peuples autour du souvenir du sacrifice de certains pour des valeurs universelles …

Un film à voir pour les passionnés de Hongrie, curieux de waterpolo, et romantiques révolutionnaires en puissance.

Szabadság, szerelem!
E kettő kell nekem.
Szerelmemért föláldozom
Az életet,
Szabadságért föláldozom
Szerelmemet

Sándor Petőfi (1823 – 1849, martyr de la révolution hongroise de 1848 – 1849)

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