0

“Qui c’est qui a laissé son portable sur vibreur ?”

usgs-seismichazardmapusa3

Si preuve supplémentaire de l’intention belliqueuse des USA à mon égard il fallait, je pense que nous sommes servis. Un tremblement de terre ce mardi 23 Août vers 13h50 EST. Magnitude 5.9 sur l’échelle de Richter. A Washington D.C. Oui oui. C’est presque aussi probable qu’une éruption dans le Massif Central. Tu te dis que ça n’arrivera pas parce que ça n’arrive jamais. Mais genre depuis la nuit des temps. Valéry Giscard d’Estaing lui-même n’en a jamais vu. Et puis pouf. Mais pour mieux comprendre le plan machiavélique du pays pour me supprimer, revenons quelques heures en arrière.

Mardi, 11h, studio radio n°1 de la BBC. Je m’acharne à appeler un auteur pas connu pour lui parler de son livre encore moins célèbre. Répondeur. Répondeur. Répondeur. Et puis en fait non. La deuxième fois, ce n’était pas le répondeur. C’était l’auteur qui avait décroché en disant la même phrase que le répondeur, très exactement, avec la même intonation. Trop bon imitateur de son propre répondeur, je lui avais donc raccroché à la gueule. Bon. Tant pis, ce n’est pas grave, la troisième tentative fut la bonne. Ou presque.

« En fait ça vous gêne si on fait ça depuis un vrai studio, genre votre studio à NY, parce que je capte mal ? ». Mais non pas du tout, je viens de passer 15 minutes à comprendre comment appeler un téléphone portable, je vais apprendre à appeler un bureau de la BBC tout va bien. Consciente de la nécessité de l’être humain de se restaurer, je lui propose de s’appeler à 14h.

Vous l’avez compris, je suis rentrée dans le cercle très privé des journalistes qui peuvent se vanter d’avoir du reporter une interview en raison … d’un tremblement de terre.

13h50. Je me prépare à retourner dans le studio quand soudaaaaain LA TERRE SE MIT A TREMBLER. Un peu et puis … beaucoup. Une dizaine de secondes de bonheur nirvanesque où le bureau, au 8e étage de notre immeuble abritant beaucoup de médias étrangers et pas réputé pour être earthquake-proof (la preuve : aucun média japonais), retint son souffle.

Alors qu’est-ce que ça fait de vivre un tremblement de terre magnitude 6 où l’épicentre était à environ 200km de chez soi. Et bien au début, on commence à sentir des petites vibrations. Un peu comme si un métro passait pile sous soi. Et puis au bout d’un quart de seconde, on se dit que le métro qui passe juste sous soi, donc techniquement en plein 7e étage d’un immeuble, c’est pas très plausible. Ou alors il a vraiment été dérouté (ou : c’est un train algérien. Troisième plaie la plus létale après la bombe atomique et l’écoute prolongée d’un album d’Arielle Dombasle.).

Et puis les secousses s’intensifient, on voit les ordis bouger, tout bouge autour de nous, on dirait la télé. Bienvenue dans Vis ma Vie de Jean-Paul II au Japon. Mais ce que les gens n’ont pas à la télé (ni au Japon d’ailleurs) ce sont les réactions des gens, qui connaissent leur premier earthquake pour la plupart.

Nous avons donc des réactions très différentes par origine :

  • Le californien « On me la fait pas » : devient un véritable chef scout, rappelle à toooout le monde qu’il est californien, et que là-bas, ça fait des lures qu’on affine ses peintures de guerre en attendant le Big One, couteau entre les dents sur fond de The Final Countdown..
  • (note : 80% des lecteurs de cette dernière phrase a dû chanter : it’s the fiiiiinal couuuuuntdoooown)
  • Le local de DC : totalement ébahi et un peu terrifié. C’est son premier earthquake, « never ever seen anything close to that ! ». Pour lui il s’est vraiment passé quelque chose, une sorte de turning point dans le standing de la ville. Jusque là, on est d’accord, les tremblements de terre ne concernaient que les régions lointaines (Californie), arriérées (Iran), à défaut des ex-ennemis donc on s’en fout (Japon). Le local est parmi les premiers à descendre en courant dans la rue pour partager son ressenti avec ses amis locaux. Sur Twitter et Facebook. C’est aussi lui qui hurle en premier QU’IL A PAS DE RESEAU OH MON DIEU QUELLE EST CETTE CHOSE QUI COUPE LE RESEAU ???
  • L’américain un peu parano (pléonasme) : totalement flippé. Hors de question de remonter avant d’avoir parlé personnellement à Barack Obama. L’américain n’a pas compris que c’était un earthquake. Explications avancées (plus ou moins sérieusement) : une bombe (gros winner du « at first I thought it was … »), une explosion quelconque, Kadhafi a fait péter son bunker avec une bombe nucléaire, DSK a claqué trop fort la porte du tribunal.
  • L’anglais flegmatique : part tout de suite dans des considérations scientifiques, parle tectonique des plaques et géolocalisation de l’épicentre.
  • Les vieux de la vieille (iraniens, japonais, néo-zélandais, algériens) : se remémorent avec émotion leurs histoires personnelles. Ont un petit doute quand même en se demandant si des fois, ça les poursuivrait pas personnellement.

Avec tout ça nous avons la catégorie implaçable des journalistes. Pendant qu’ils descendent à la queue leu-leu les escaliers, ils mettent une cassette dans leur caméra. Ils s’attèlent dès leur arrivée dans la rue à un micro-trottoir d’autant plus débile que le trottoir est occupé par tous les journalistes de l’immeuble. Au même moment, des collègues font les cons. Best of.

  • Le journaleux qui vient filmer ses potes avec un iPhone en faisant trembler le téléphone.
  • Le journaleux qui vient voir tous ses potes pour se jeter dans leurs bras en hurlant I LOVE YOU. OMG I LOVE YOU.
  • Le journaleux (roux) qui met ses lunettes de soleil, fait une pause, et t’explique à la Horatio Caine de CSI : Miami que non il ne remontera pas tant que sa chef ne lui aura pas dit. Assurance, ça te dit quelque chose ?
  • Le journaleux qui propose d’appeler Londres pour leur demander l’autorisation de remonter.
  • Le journaleux qui demande si on aurait pas du appeler Londres pour demander l’autorisation de descendre.
  • L’un des chefs qui monte courageusement dans le bureau pour « vérifier le bâtiment ». Et le collègue qui explique que ce chef a probablement reçu une formation qui consiste à taper dans les meubles, regarder si ça s’écroule et puis appeler Londres pour dire « mouais ça m’a l’air solide je VALIDE le rapatriement».

Dans la pratique, on s’est vite rendus compte que personne n’était habilité à dire quand il n’y avait plus de danger. Ne restait plus que la dame de l’accueil. « Hum. Moi je serais vous je n’irai pas. » Pourquoi ? « On ne sait jamais … ». Oui mais on veut bosser en fait … « Vous savez que vous devriez d’abord appeler votre assurance pour lui demander ce qu’elle en pense ». *Froid* « Enfin bon. I’m not gonna stop you… ». Là on a compris qu’elle venait de se foutre de la gueule de toute une rédaction.

Mince consolation : les réceptionnistes de toute la région ont du faire de même, et notamment dans les bâtiments fédéraux, tous évacués illico presto. Autres conséquences ? Le métro qui roule encore plus lentement que d’habitude. Le national monument (le grand obélisque moche) qui va être inspecté par des ingénieurs (à raison en plus). L’apocalypse.

Et tout ça parce que, à 14h05, notre rédac chef revenait de sa pause déjeuner en disant : « Je vous ai laissés seuls 5 minutes. 5 minutes. »

Dans un prochain post, comment l’Ouragan Irene veut ma peau.

Enhanced by Zemanta
0

Les USA veulent me tuer.

Some rights reserved by epSos.de (http://www.flickr.com/photos/epsos/)

A Washington, ne vous y méprenez pas. Il n’y a pas que des maisons blanches et des maisons closes (aka le FMI). Il y a aussi les bureaux du FBI. Et c’est pas pour rien.

Washington DC, quoi qu’on en dise, c’est pas l’endroit idéal pour violer dans les rues et torturer dans les caves (ou l’inverse). Les caméras sont partout (et je ne parle pas de la BBC). Dans certains quartiers, une gentille pancarte orange rappelle que le neighborhood dénoncera à la police toute « activité suspecte ». Activité suspecte au sens américain : traverser au rouge, être un piéton en général, être arabe. Bon courage au piéton arabe qui ne respecte pas les feux de signalisation (et souviens-toi que le 2nd amendement n’est pas en ta faveur, Mouloud).

Même une fois à l’abri, dans un bus, un sentiment étrange de surveillance s’installe. Un panneau rappelle que même là, la police veille. Pas à ce que tu ne te fasses pas agresser. Ce serait trop simple. Non, la police sait que finalement, c’est assez rare. Du coup quand ça arrive c’est partaaaay open gyrophare, la nouvelle se répand comme une trainée de poudre dans le nez d’un colombien : toutes les voitures se retrouvent à un croisement autour … d’un unique suspect. Le policier n’est pas bon à la consigne B.Y.O.B (Bring Your Own Bougnoule).

Le policier, petit être joueur, s’emmerde le reste du temps. On dirait pas mais il veut bosser entre deux pauses au drive-in du McDo. Une pause à un endroit loin d’être anodin. Car ce que le flic surveille, c’est que tu ne consommes pas dans le bus ce que tu viens d’acheter en take away. DON’T EAT OR DRINK ON THE BUS §!!§§§11 Et pour ça y aura toujours un con de touriste pour le faire. Et un con d’américain pour faire chier la touriste en la traitant de « hija de puta ».

Non, vraiment, les USA c’est un pays hostile. Demander « what’s up ?» toutes les deux minutes, ça aussi c’est suspect. Ils veulent savoir ce que tu trames. Ils te surveillent. Je crois que c’est officiel, les Etats-Unis veulent m’abattre. Ils doivent croire que ma famille est bien trop répartie dans le monde pour ne pas rappeler un autre réseau social bien implanté en Méditerranée. Réseau qui, vous l’admettrez, est en constante progression malgré des explosions régulières du dit réseau. L’astuce étant peut-être que ces bugs sont volontaires et consentis.

C’est ça de mal parler français. On explique à des populations entières pendant toute la colonisation qu’on ne peut s’amuser qu’en faisant des boums, et pan. Enfin, boum quoi.

Pourtant moi je suis née à Mostaganem. Je ne peux raisonnablement pas faire de mal à quiconque. De ce que j’en sais, Mostaganem, c’est un peu la Suisse de l’Algérie. Déjà, tout le monde dit « Mosta » (ce qui est un nom qui fait penser à du talc pour bébé). J’ai jamais entendu personne dire du mal des gens de Mosta. Mosta n’a jamais pondu que des artistes (poètes, chansonniers, dramaturges …). Au pire, des religieux. Mosta n’a pas de réputation sulfureuse. Alors soit ils sont plus forts que les autres et rien ne filtre, soit ce sont des Bisounours. J’opterais pour la deuxième possibilité. Mosta, c’est la dernière ville où Charles de Gaulle a dit « Vive l’Algérie Française ! ». Ce mec était pas con. Il a dû sentir que c’était le dernier endroit où on hocherait vaguement la tête (au mieux en grommelant un peu) en pensant à ce qu’on allait mettre dans le couscous du soir.

Pis de l’autre côté, mes origines de l’Est ne font que trop rappeler le KGB, les communistes et même, tiens, les nazis couloir de Dantzig oblige !! Sans compter que je suis une fille. Le féminisme guette. Je suis la synthèse des menaces. Bref. Il faut me supprimer. Et pour mener à bien leur projet de sécurité nationale, les américains ont mis les petits plats dans les grands (les super Gulp dans les méga super XXL Gulp comme on dit ici) :

  • Le jour le plus chaud depuis les années 1950. Un temps à ne pas mettre une wannabe gothique pudique dehors. Moi par 112° Farenheit (alias 39°, ressenti 49°), c’est aussi inhumain que de mettre un somalien en short en Sibérie. Alors oui je sais que nous avons la jurisprudence Iran vs Humanité, qui consiste à prouver par alef + ba que la femme peut supporter plus de 30° emmitouflée dans un tchador, mais tout de même.
  • Pire que le jour le plus chaud. La clim. Partout, tout le temps, à fond. A l’intérieur, Dunkerque. A l’extérieur, Bagdad. Sans transition. Les USA sont une société de nostalgiques des débarquements, qui nie le réchauffement climatique en célébrant à chaque verre de liquide l’invention du bac à glace (1932 d’ailleurs).
  • Le nid de frelons vengeurs devant la porte. Enfin devant la porte, ça, c’était avant. Maintenant ils attendent mon retour à l’intérieur et ils se jettent sur moi pour me faire un bisou. (le frelon est affectueux)
  • Les moustiques invisibles (auxquels je suis allergique)
  • La menace de cataclysme économique, le debt ceiling ! Oui mais non. Moi qui pensais faire plein de petits dollars avec mes gros euros…
  • La bouteille d’Evian de 1L à $2,19.
  • La tomate la plus proche est à deux stations de métro de ma baraque. A 79cts. Pièce.
  • Par contre une fois achetée, elle reste vivante de longues semaines. Rassurant.
Enhanced by Zemanta
0

Libération d’un otage, 16 mois après les faits.

huskyplate

J’ai le plaisir et l’émotion de me rendre à l’évidence. Je n’arriverai décidément pas à remettre la main sur la version améliorée et complétée du rapport de séjour de 3A passée à Seattle. Fort heureusement, de Washington à Washington il n’y a qu’un pas (d’environ un continent), je vais pouvoir donc récupérer les vieux brouillons et les anciennes conneries et updater ce blog.

D’ici là, enjoy la HUSKY PRIDE.

Le rapport de séjour que tu comprends pas pourquoi il a pas fini sur le site de la DAIE (malgré les éloges de Matthew T.)

0

Brothers

brothersfilm

Âmes sensibles, s’abstenir. Pardon, je reformule. Filles ultra-sensibles, s’abstenir. Le Calamar a testé pour vous « aller au cinéma avec une horde de fille fans de Tobey Maguire », et il ne s’est pas encore remis de la quantité de larmes qu’un corps humain peut déverser sur un aussi petit laps de temps. Pourtant, Brothers avait réussi ce que peu de films sur le sujet pouvaient se targuer d’avoir accompli. Jim Sheridan signe ici un drame sur un sujet aussi dramatique que les conséquences de la guerre sur la vie d’un homme, d’une famille, d’un pays; et ce sans pour autant tomber dans le scénario larmoyant.

Réaliste, cru, naturel, Brothers exploite la cellule familiale pour mieux décortiquer la psychologie de ceux qui sont concernés de trop près par la guerre. Remake d’un film danois de 2004 (Brødre), le film suit l’évolution de Sam Cahill (Tobey Maguire) et de sa famille. Fils prodigue d’un major de l’armée américaine, mari aimant et père responsable comme le veut l’image d’Épinal, Sam est envoyé en Afghanistan. Il laisse derrière lui ses deux enfants et sa femme Grace (Nathalie Portman), ses parents et son frère Tommy (Jake Gyllenhaal) tout juste sorti de prison. Le drame est prévisible : Sam est donné pour mort et la famille doit réapprendre à vivre avec le deuil.

Tommy va alors se révéler un soutien essentiel dans la vie de Grace, évidemment détruite par la nouvelle (jolie performance de Nathalie Portman, qui garde une fine sobriété dans l’émotion). Le film réalise alors une rapide (un peu trop ?) ellipse dans le temps en juxtaposant les scènes de la transformation de l’ex vilain petit canard marginalisé en oncle idéal, adoré des enfants, confident de la mère, qui repeint la cuisine et fait du patin à glace. Et il fait même plus : il embrasse sa belle-sœur. Heureusement, dans cette évocation de la problématique du retour à la vie (notamment amoureuse) pour les veufs, la morale est sauve : certes, ils s’embrassent après avoir fumé un joint et c’est pas joli joli, mais ils ne font que s’embrasser. Ouf.

De toute façon, le tournant dramatique a lieu peu après : Sam n’était pas mort, il était juste retenu en otage par les Talibans. Ah ben c’est bon, on est rassuré, tout va bien alors.

Et bien non, et c’est justement là que le film prend une dimension rare de qualité grâce au jeu de Tobey Maguire, littéralement exceptionnel en soldat torturé, blessé, hanté par ses actes et ses souvenirs. Aucune fausse note finalement au sein de ce trio d’acteurs, tous très bons dans une périlleuse entreprise de camouflage de sentiments et faiblesses. Sobre, calme, les liens entre les frères gravitent autour de la courageuse Grace, sans oublier les personnages secondaires comme l’étouffant père joué par Sam Shepard ou l’aînée des fillettes jouée par Bailee Madison. Un film qui aura su dépasser les lenteurs d’un triangle amoureux sans suspense pour explorer les évolutions psychologiques de ses protagonistes, allant jusqu’à offrir un final très abouti.

0

Les chèvres du Pentagone

neweartharmy

Improbable titre, improbable casting, mais pourtant irrésistible, « the man who stared at goats » a été le coup de cœur de la fin 2009 pour le Calamar aux USA, un véritable croustillant d’absurdité dans un feuilleté politique. Basé sur un roman de Jon Ronson révélant les expériences de l’armée américaine à la recherche de techniques paranormales, ce film délirant de Grant Heslov nous prévient d’entrée : « more of this is true than you would believe »…

Tout commence en 2003 quand Bob Wilton (Ewan McGregor), reporter du Michigan au cœur brisé, décide d’oublier son chagrin d’amour en faisant du journalisme, du vrai, en trois mots comme en cent : du reportage en Irak. Mais c’est un autre sujet qui va s’offrir à Bob lorsqu’il rencontre un certain Lyn Cassady (George Clooney), qui va lui faire découvrir les secrets de son unité très spéciale. Formée par Bill Django (Jeff Bridges) après la guerre du Vietnam avec pour mission de changer la guerre telle que nous la connaissons, la New Earth Army prépare ses recrues à utiliser leurs pouvoirs psychiques pour faire la guerre sans autre violence que celle issue de leur esprit. Au menu pour ces apprentis « guerriers Jedi » (jolie résonance avec le passé d’Ewan McGregor) à l’intuition surdéveloppée : cours de danse et passages à travers les murs, invisibilité et façonnage de nuages, rien que ça ! Autant de capacités surhumaines qui mène la paire Clooney/McGregor sur les traces d’un Django apparu en vision à son protégé Cassady, convaincu que malgré une terrible malédiction qui pèse sur lui, il a reçu la mission d’aller secourir son mentor..

Mais que viennent faire les chèvres là-dedans me direz vous ? Et bien elles représentent le tournant dans la vie de Lyn. Forcé d’utiliser ses pouvoirs contre l’une d’entre elles, il claque la porte de son armée de hippies, convaincu que de telles capacités ne peuvent être utilisées pour faire le mal. Une vision totalement opposée à celle de Larry Hooper (Kevin Spacey), l’ennemi maléfique, aujourd’hui devenu responsable d’une équipe de recherche privée sur les … pouvoirs psychiques et paranormaux.

Excellente comédie satirique aux allures de film des frères Coen, Les chèvres du Pentagone fait mouche à chacun des gags tous plus improbables les uns que les autres, servis par un hilarant George Clooney en grande forme, un convainquant Jeff Bridges dans une de ses meilleures performances, un Ewan McGregor impeccable dans le rôle du faire-valoir incrédule, et un Kevin Spacey délicieusement méchant. Les plus intellectuels verront une critique mordante de la guerre et de ses méthodes (qu’on pense seulement à Guantanamo ou Abu Ghraib), de l’idéalisme, du patriotisme américain, ainsi qu’une jolie mise en images de l’histoire du First Earth Battalion de Jim Channon. On regrettera que le film ne dure qu’une heure trente (bien que mieux vaut un film court bien ficelé qu’un film fleuve dilué) !

1

UFC Que Choisir – Classement USA 2010

Husky Logo 1

Nadine de Rotschild a dit, avant les résultats d’affectation (avant la remise des listes en fait) :

“Je pense, très chers amis, qu’il y a juste deux conceptions tooootalement radicaaaales. Il y a ceux qui vont aux “States”, afin d’assurer une réelle carrière, et “les autres” qui vont se dorer la pilule au soleil, hihihi passez moi l’expression, mais non, espèce de gueux, avec l’autre main et en faisant une révérence.
Dans l’imaginaire du monde, des français donc (pléonasme), de toute façon, il n’y a que ce classement, et vous devez absolument le respecter si vous ne voulez pas finir en chômeur ou journaliste (pléonasme).

1 – Les Ivy que tout le monde connaît : Columbia, Harvard, Princeton, UPenn
2 – L’Ivy dont tout le monde se fout : Cornell
3 – Les univ qu’on croit être Ivy : Duke, Georgetown, Berkeley
4 – Les univ trop bien parce que quand même, c’est une grande ville : Boston College/Univ, New York Univ, Univ of Chicago, UCLA, Univ of Pittsburgh
4ex – Les univ trop bien parce que “je connais pas la géographie des USA”: University of Washington, Washington University
5 – Les univ trop bien parce que quand même, il est connu le mec : George Washington University, John Hopkins University (bénéficie de la renommée de son cousin, Anthony), Hamilton College (quand même, ce petit Lewis, il y va fort), Condolezza Rice Univ
5ex – L’univ à qui on pardonne de reprendre le nom d’un État parce qu’il fait chaud + bonus grande ville pour certaines : Univ of California

—–LIGNE DE RESPECTABILITÉ—–

6 – Les univ “bien tenté, un personnage censé être connu mais on le connaît pas” : Sarah Lawrence College
6ex – Les univ “sur un malentendu ça peut passer mais pas forcément sur un CV” : Howard University prononcée comme Harvard, & University of Missouri à Columbia. Bon ok Columbia Missouri mais Columbia quoi.
7 – Les univ pourries parce que reprenant les noms des États : Univ of Arizona, Illinois, Michigan, South Carolina, Virginia, Wisconsin
7ex – Les univ nulles mention “vas-y on me la fait pas en géographie” : Hampshire College (même pas dans le New Hampshire), Vanderbilt University (aux Pays-Bas), Oberlin College (même pas à Berlin), Vassar College (en Suède, chez les Vasa)
8 – Les univ qu’on connait pas : American Univ, Middlebury College,  Tufts Univ, Tulane Univ, Wesleyan University
9 – Les univ de bonnes soeurs : St Mary’s College of Maryland, Univ of Notre Dame, Univ of North Carolina at Chapel Hill
9ex – Les colleges pour lesbiennes : Barnard College, Bryn Mawr University, Mount Holyoke College, Smith College, Wellesley College
10 – Le froid : Northwestern Univ
10ex – CLARK GABLE (est tjrs mort) : Georgia Tech, Emory Univ
11 – Les crocodiles : Univ of Florida (oui, quand même)
11ex – Les petits dinosaures : University of Denver
12 – Les universités à jeux de mots foireux
– L’université des boulets : Boulder, Colorado
– L’université du marketing (copyright) : Marquette Univ
– Hamilton College à Clinton ! lol
13- Louze : Programme trilatéral Northwestern/Panamerica/et surtout ScPo Paris.
14 – Le reste.

Puisse la ligne de respectabilité dissiper les brumes de ton ignorance, jeune 2A en quête d’une lumière rassurante dans les ténèbres jetées dans ton coeur par le Cédric Prunier menaçant.

BONUS : comment faire une vraie liste.

  • Si tu veux les USA, ne mets que les USA (hein Cédric).
  • Si tu veux une univ aux USA, ne jamais prononcer le mot “stage” dans l’enceinte de ScPo et a fortiori encore moins dans ta liste. Ce mot doit être banni de ton vocabulaire et de celui de tes proches au même titre que “University of Arizona” (à moins que tu ne veuilles vraiment y aller, mais cela ne me regarde pas).
  • Je ne suis jamais allée voir Matthew Thomas, je suis à Seattle. Tirez-en les conclusions que vous voudrez. Personnellement, je considère qu’on s’est tous les deux économisé du temps perdu, et sinon c’était pas correct vis à vis de ceux qui le cherchent. Sachez néanmoins que chaque année, gueuler après les résultats d’affectation permet de changer considérablement ces mêmes résultats (mais faut pas le dire fort).
  • La DAIE n’est pas bienveillante. La DAIE se fout de ton projet personnel (raison de plus pour en inventer un). La DAIE n’est intéressée que par le sien : se débarrasser de son seul boulot de l’année le plus vite possible afin de passer à la partie fun, la partie où elle rapatrie des morts de Colombie et des expulsés des USA. Ce qui signifie que ton sort sera probablement scellé non pas par une personne dotée de sentiments mais par une fonction random avec pour variable “y a t’il dans cette liste une université dont personne ne veut”.
  • Pour cette même liste, je ne saurais trop te conseiller de lire le forum scpo, qui se chargera de t’expliquer que ta liste est très bien mais que toi par contre t’es trop nul. En bonus, les anciens gonfleront le classement de leur université, et les élèves posteront de fausses listes qui te feront changer la tienne une bonne quinzaine de fois. Tu crois qu’on t’a parlé des asymétries d’information pour rien en 1A ?

Bonne chance.

1

Ces fonctionnaires, tous les mêmes !

Husky Logo 1

Ça fait des années qu’on me fait chier à tout comparer. Dans quelle mesure la Révolution de 1830 est elle plus libérale que la révolution de 1789 ? Dans quelle mesure la Chine a-t-elle plus de chance de conquérir le monde que les îles Sandwich du Sud ? Dans quelle mesure les femmes sont elles plus chiantes sous De Gaulle que sous Strauss-Kahn ? Dans quelle mesure mais putain va t’acheter une règle et arrête de me saouler.

Néanmoins je crois qu’ici il serait de bon aloi de comparer ici les réalités administratives de quelques pays, au nom de la science toujours.

Plantons le décor. Georges-Robert, jeune homme dans la force de l’âge, beau grand fort drôle intelligent riche et qui ne porte pas de jogging, n’a rien à foutre de ses vacances. Aussi se dit-il « tiens, et si j’allais me faire un passeport algérien ». En effet, les parents de Georges-Robert s’appellent Germaine-Malika et Marcel-Mohammed. Notre ami Georges-Robert peut donc prétendre à recevoir ce délicat feuillet vert qui se lit à l’envers qu’est le passeport algérien.

Grâce à Google Analytics outil performant et pertinent, je sais que 74,3% de mes visiteurs se situent entre 18 et 24 ans, qu’ils surfent sur Firefox, qu’ils aiment le vert, qu’ils sont en général assis quand ils visitent ma page, et surtout, qu’ils sont français. Le reste se constituant essentiellement de brésiliens (vraiment).

Georges-Robert, rassurez-vous, jusqu’à chercher son consulat algérien à Nanterre, ne savait pas plus que vous qu’est-ce qu’était un passeport algérien nouvelle génération. Son dernier passeport remontant à 1994, il espérait que ce ne serait plus ce passeport rempli à la main et signé par son père.

Aussi arrive-t-il un samedi d’été, plein d’entrain, dans une petite maison fort coquette, et se dirige-t-il vers la personne qui se trouve à l’entrée de cette maison, derrière une vitre blindée. A peine a-t-il murmuré le début d’un mot qu’on lui donne violemment un ticket de boucherie. Georges-Robert s’étonne mais ne s’affole pas et commence à sortir les appareils électroniques de ses poches afin de ne pas sonner sous le portique. Éclat de rire de Monsieur Ticket de Boucherie, qui lui annonce hilare que « mi non Misieur ! c’i pas la peigne ici ». Qu’à cela ne tienne, Georges-Robert passe, prêt à entendre le bip accusateur de la machine, qui ne vient pas. La machine n’étant pas branchée, Georges-Robert voit presque du bon sens dans l’attitude de son nouvel ami.

Il s’assied alors, parmi ses compatriotes, et attend. 14 numéros sont avant lui, il sait que ça va être long. Très long. Son père qui l’a accompagné se lève alors d’un bond, et annonce solennellement et audiblement : « Bon, je vais fumer une clope. ». Georges-Robert s’enfonce dans son siège alors que l’imam en face de lui le fusille du regard en plein Ramadan.

2 heures plus tard, après quelques arrivées tonitruantes de personnes qui connaissaient mieux le consul que ceux de la salle d’attente (en fait la phrase “je connais le chemin” doit être un mot de passe), le numéro de notre héros s’affiche enfin. Il s’assied au guichet indiqué et apprend qu’il faut revenir la semaine prochaine, car il manque dans le dossier le ticket du bus qu’il a pris pour venir, lui qui est arrivé en voiture.

Mais il s’estime chanceux le Georges-Robert, car derrière lui pleurs et cris se font entendre. Un jeune marocain-algérien a besoin de faire son passeport dans la journée. Cela fait trois fois qu’il vient. Aujourd’hui il manque l’acte de nationalité original de sa mère (si si). Son « C’est beau la solidarité du Ramadan hein ! » déclenche les foudres. On mélange pas la religion et l’administration qu’il paraît (haha). Les gens du consulat essaient de le dissuader, il serait marocain. Mais non rétorque-t-il, je suis algérien ! « Il ne faut pas renier votre race ! » lance le chef des consuleux, vaillamment.

Gêné, Georges-Robert observait ce qui se passait aux autres guichets. Ceux-ci commencent logiquement au numéro 2. Au numéro trois, imperturbable, le préposé après avoir fini de recopier sur l’ordi ce qu’il avait écrit à la main sur une jolie pochette jaune, sue à grosses gouttes. Il faut appuyer sur « entrée ». Sa main tremble. Finalement, il appuie. « Chtoumb ». Il reappuie. « Chtoumb ». Il re-re-appuie « re-re-chtoumb ». Il recommence tout à zéro, c’est plus sûr.

Mais Georges-Robert, pendant la semaine qui le sépare de son nouveau rendez-vous doit aller faire son visa à l’ambassade des Etats-Unis à Paris. Son rendez-vous est à 8h, il se présente à 7h30, quasiment en tenue stérile avec uniquement ses papiers permettant de prouver sa naissance, son domicile, son nom, ses parents, son revenu, ses raisons de partir, ses raisons de revenir, encore un peu et il leur amenait son certificat de décès.

Premier guichet, une dame qui récupère quelques papiers (représentant 1/5 de ce qu’avait apporté Georgie) dont notamment une partie détachable du numéro du ticket de boucher américain. On y revient donc toujours. Ah oui mais non parce qu’en fait quand tu arrives au guichet au consulat algérien, tu montres pas ton ticket. On considère que si personne t’a lynché, c’est que c’est ton tour (même, t’insiste pour lui montrer, il s’en fout le mec).

Bref, tu donnes ton enveloppe Chronopost pleine de paperasse. D’ailleurs, par beau temps dans le petit parc qui jouxte le consulat, on peut voir un péquenot à vélo tirer une grosse remorque Chronopost. Et on s’étonne qu’ils soient lents, tiens. Donc il te faut maintenant numériser tes empreintes digitales. Georges-Robert pose son pouce, mais ça ne marche pas. Après avoir rapidement éliminé l’option « il est bionique », la guichetière lui donne un petit torchon crade comme on les aime et lui demande de nettoyer l’appareil. Georges-Robert s’applique mais ça ne donne rien. La guichetière agacée lui dit « mais non, là où il y a du produit ! ». Le produit. Le meilleur mot de la Terre, qui te permet de mettre n’importe quoi n’importe où et de donner l’impression que c’est super compliqué et super efficace comme formule. Georges-Robert il en a marre il se transforme en fée du logis et il frotte. « Mais non, ça ira ! » rigole la guichetière (qui sait pas ce qu’elle veut donc). Et G-R retourne s’asseoir, seul, entre deux rabbins.

Il attend. Longtemps. Très longtemps.

Quand soudain c’est son tour il se lève d’un bond et d’un autre atteint le guichet. « On va prendre vos empreintes ». BEN TROP TARD je pensais que c’était déjà fait je me suis coupé les mains. Qui est le con qui a décidé dans le protocole que Ben Laden aura mis de fausses empreintes la première fois et soulagé aurait décidé de les enlever avant le 2e guichet ? Qui est le parano qui pense que j’en avais marre et que je me suis barrée avant de me faire remplacer par un mexicain caché sous le plancher de l’ambassade ?

Ben les ricains je crois.

« veuillez poser votre majeur »
*pose*
« euh non ça c’est l’index »
*honte*
« euh mais là vous appuyez trop fort »
*rohjamaiscontentlui*
« si c’était un examen vous l’auriez loupé »
*rire bête*

Au consulat algérien, rien de tout ça. Tu arrives, tu balances la paperasse, le monsieur recopie tout, imprime ça sur des bouts de cartons de couleurs, tu fous les doigts dans l’encrier Rinoldz, et le tour est joué. Tu retournes t’asseoir et tu attends qu’ils impriment sur le passeport les infos. Ainsi, dans la salle d’attente, un père peut dire à sa fille :

« Tu as vu, en Algérie, tu as ton passeport le même jour. Le même jour ! Même les Etats-Unis ils font pas ça ! ».

On se demande pourquoi tiens.

Signé Georges-Robert.